Au Cambodge, le stupa est l’une des structures funéraires les plus sacrées et symboliques de la culture bouddhiste. Appelés localement chedei, ces monuments se trouvent dans presque toutes les pagodes du pays. Le stupa est un symbole spirituel de l’illumination et un monument commémoratif reliant les vivants aux défunts. Son histoire et sa conception révèlent la profonde influence du bouddhisme, en particulier du bouddhisme theravada, qui a façonné l’identité cambodgienne pendant des siècles.
L’origine du stupa remonte à l’Inde ancienne, où il fut initialement construit pour abriter les reliques du Bouddha après sa mort. Avec la propagation du bouddhisme en Asie, l’idée de construire des stupas s’est répandue. Au Cambodge, les premiers exemples sont apparus durant les périodes Funan et Chenla (Ier-VIIIe siècles), lorsque la culture et la religion indiennes ont commencé à influencer la société khmère. Ces premiers stupas étaient principalement construits en briques et ont évolué vers des formes plus raffinées pendant la période angkorienne (IXe-XVe siècles).
À l’époque d’Angkor, le stupa devint un élément central des complexes de temples. Le roi Jayavarman VII, l’un des plus grands souverains du Cambodge, adepte du bouddhisme mahayana, construisit de nombreux stupas dans le cadre de ses vastes projets de temples. Des temples comme le Bayon et le Ta Prohm possèdent des tours semblables à des stupas symbolisant le mont Meru, la montagne sacrée de la cosmologie hindoue et bouddhiste. Après la chute d’Angkor et la diffusion du bouddhisme theravada, la conception du stupa se simplifia et se concentra davantage sur la dévotion religieuse que sur la grandeur royale.
Le stupa cambodgien traditionnel, riche en symboles, est généralement composé de plusieurs parties : la base carrée représente la terre, le dôme l’eau, la flèche le feu, le croissant l’air et la pointe supérieure l’espace. Ensemble, ces cinq éléments reflètent la compréhension bouddhiste de l’univers. La forme du stupa elle-même représente la voie vers l’illumination, allant du plus profond de l’ignorance jusqu’au sommet du Nirvana.
Au Cambodge moderne, les stupas ont de multiples fonctions. Ils sont érigés non seulement dans les pagodes, mais aussi dans les cimetières et les propriétés privées pour recueillir les cendres des proches décédés. De nombreuses familles construisent de petits stupas en l’honneur de leurs ancêtres, reflétant ainsi les valeurs cambodgiennes de piété filiale et de souvenir. Dans les pagodes, les stupas plus grands peuvent contenir des reliques de moines vénérés ou des objets sacrés bouddhistes, ce qui en fait d’importants lieux de pèlerinage pour les fidèles.
La période khmère rouge (1975-1979) a entraîné la destruction de nombreux monuments religieux, dont des stupas, le régime tentant d’effacer les traditions spirituelles. Cependant, après la chute du régime, les Cambodgiens ont reconstruit nombre de ces monuments, en signe de foi et de guérison. Aujourd’hui, les stupas se dressent fièrement à travers le pays, des stupas royaux du Wat Phnom et de la Pagode d’Argent de Phnom Penh aux simples stupas villageois des pagodes rurales.
Outre sa forme architecturale, le stupa cambodgien est un symbole de foi, de continuité et de résilience nationale.
